Crodoff 's BLoG

Quelques coups de torches dans l'obscurité de la Matrice.

mardi 1 septembre 2009

(livre) Jean Servier - L'homme et l'invisible (1964)

"Jean Servier était un ethnologue et historien français né le 2 novembre 1918 à Constantine. Décédé le 1 er mai 2000, il était professeur d'ethnologie et de sociologie à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Montpellier."

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Où le dogme de la théorie de l'évolution, terreau de l'athéisme ignorant, y est ridiculisé.


Extraits de l'introduction :


" L'imposture de notre science du XXe siécle est de maintenir, à force de dissimulation, des faits nouveaux dans la même ornière. Les matérialistes sont des timorés qui n'osent pas pousser jusqu'à l'extrême pointe de leur domaine, craignant sans doute de devoir abandonner leurs certitudes actuelles; les spiritualistes sont des faibles qui se sont laissé enfermer dans un royaume irréel.

Dans ses livres de vulgarisation, dans ses manuels qui sont autant de catéchismes, la science officielle nous présente comme un acquis de chancelantes hypothèses. Poussée à bout, elle en est réduite à nous demander toute une série d'actes de foi :

Il faut croire à un un état vibratoire primordial ayant engendré la matière, même si aucun physicien n'a pu reproduire ce phénomène en laboratoire. Il faut croire à toute une série de combinaisons chimiques qui, dans des conditions également irréalisables en laboratoire, c'est à dire invérifiables, auraient donné la vie. Il faut croire à une  volonté de vie, conçue comme une sorte d'entité métaphysique de se réaliser dans les meilleures formes possibles à travers le buissonnement des espèces vivantes.  Il faut croire surtout à une fausse couche de singes qui aurait survécu par hasard pour donner l'homme après une longue série d'improbabilités miraculeusement surmontées.

Chacun de ces hasards peut être représenté par une fraction au numérateur égal à l'unité et au dénominateur illimité.

Toutes ces théories, tous ces systèmes, toutes ces conclusions venant avant l'observation des faits, ont pour seul but de calmer l'angoisse de l'homme blanc isolé si longtemps du reste de l'humanité et lui donner bonne conscience de ses crimes et de ses oppressions.

Nos manuels scolaires, nos musées, persistant à faire du singe l'ancêtre de l'humanité inculquent les principes de base du racisme en considérant les hommes des civilisations traditionnelles comme des fossiles témoins, les jalons de la voie royale qui mène au trône de l'homme blanc, seul "adulte et civilisé", aboutissement de toute évolution.

L'humanité entière vue dans cette perspective évolutionniste parait composée de nigauds crédules; en revanche, les quelques esprits partisans qui refusent d'entendre la longue prière de l'homme au travers de toutes les civilisations, d'un bout à l'autre de l'espace et du temps deviennent du même coup, par la volonté des savants occidentaux, seuls lucides dans un monde voué à l'erreur.

Il vaudrait mieux admettre que l'évolutionnisme matérialiste est une religion demandant beaucoup à la foi et peu à la raison. Les gestes de l'homme nu dans la foret équatoriale accomplissant les rites immuables de sa tribu près de son frère mort, posent, face à l'occident la première question, le premier de tous les problèmes, car ces gestes sont répétés en termes identiques, mettant en mouvement des symboles analogues d'un bout à l'autre de l'humanité supposant la même foi en une même réalité.

C'est de cet homme dont j'ai voulu parler chaque fois que j'ai employé le mot "homme", parce qu'il est resté fidèle à lui même en gardant le sens de sa place dans l'univers et la notion de l'infinie valeur du principe invisible qu'il porte en lui.

Le terme d'Invisible m'a paru définir plus fidèlement ce que certains philosophes appellent le "Numineux" et d'autres le "Sacré". Le Sacré peut être créé par l'homme alors que l'Invisible s'impose à lui. Dans l'esprit de l'homme des civilisations traditionnelles, l'Invisible n'a pas le vague d'un concept métaphysique, il est une réalité, une dimension dans laquelle se meut chacun des hommes composant l'humanité entière. L'Invisible est dans l'homme, plus réel plus présent que n'importe quelle partie de son corps. L'Invisible est autour de l'homme comme un milieu qui enregistre chacune de ses actions terrestres et les réfléchit en conséquences qui seraient inéluctables sans l'action de médiateurs, invisibles eux aussi.

Le terme de "civilisations traditionnelles", employé pour désigner les civilisations différentes de la notre, souligne le rôle qu'elles ont joué jusque-là dans l'humanité : conserver et transmettre d'âge en âge un même lot de certitudes issues peut-être d'un même enseignement, d'une même tradition.

Les sauvages n'existent pas. Les hommes sont égaux en valeur intellectuelle et en pensée. Ils nous apparaissent plus soucieux des choses invisibles que des biens de ce monde au mépris de tous les déterminismes géographique, économique, social ou historique. Les sauvages n'ont jamais existé, car l'homme n'a jamais évolué dans le cadre que lui trace une pensée simpliste le faisant partir du singe d'Afrique pour aboutir à l'homme blanc adulte et civilisé, après toutes sortes d'aventures intéressantes.

Rien ne paraissait pourtant plus satisfaisant pour l'esprit et la raison que les conclusions de notre science, reléguant tous les problèmes avec les vielles lunes et mettant une fois pour toutes l'humanité à sa place. Notre homme pouvait ainsi entrer au Museum, son étiquette au cou, terminant heureusement une longue série d'être vivants dont l'origine se perd dans le plasma de Notre Mère l'Amibe."

Puis il commence le premier chapitre en déboulonnant
de façon hilarante ce mythe :

" La vie, nous dit la science officielle, est apparue sur terre au hasard de la combinaison d'éléments chimiques dans des conditions particulières de température, de pression et d'irradiation. L'unicellulaire est, au cours des millénaires, devenu agrégat de cellules dont certaines, en se différenciant, ont contribué à former les organes spécialisés du premier animal : il vivait dans la mer.

Cette existence aquatique n'était sans doute pas dépourvue d'ennui car le Premier Animal vint respirer de plus en plus souvent à la surface de l'eau. Le mouvement l'avait transformé en poisson, la respiration aérienne en fit une sorte de batracien. Oublieux de l'océan primordial que les biologistes lui ont assigné comme habitat, il se dirigea vers les marais voisins. A son tour, le crapaud ou la grenouille s'est écarté des étangs et, vivant on ne sait pas très bien pourquoi, dans les rochers, il devint de plus en plus reptile.

Le Lézard - car c'était son nouveau nom - a hésité : certains membres de sa famille ont rêvé de courir dans les champs, ce qui les a transformés en mammifères; d'autres au contraire, faisant du trapèze sur les arbres, ont fini par devenir oiseaux au fil des millénaires.

Tout cela, nous disent les biologistes, s'est développé de façon "buissonnantes". Certaines branches inadaptés se desséchant et mourant, d'autres au contraire grandissant, donnant à leur tour d'autres "buissons"  de formes qui sont parvenues ou non jusqu'à nous suivant leur adaptation au milieu et leurs facultés de survie.

Certains mammifères qui avaient la manie de grimper aux arbres ont vu leurs pattes se transformer en mains et, comme ils étaient obligés de garder la tête haute, cette gymnastique a considérablement augmenté leur capacité céphalique : ce furent les premiers singes...dont l'un d'eux réserva les surprises que l'on sait.

- Il y eut un soir puis un matin - et ce fut le premier couple de pré-humains qui, avec le feu inventa le premier complexe en accomplissant l'inceste primordial, fondement de la psychanalyse. C'était un couple discret du reste mais facile à reconnaitre à ses arcades sourcilières saillantes, son front fuyant, ses canines apparentes, sa démarche sautillante comme marquée par le souvenir des folles parties de balançoire dans les arbres de la forêt.

Les générations suivantes abandonnèrent la casquette crânienne paternelle dans un louable souci de promotion sociale et leur front se développa. Faibles mais ambitieux, ces hominiens eurent à combattre l'ours des cavernes et plusieurs autres fauves. Les graines sauvages entassées dans le fond de la caverne germèrent soudain donnant à l'homme l'idée de l'agriculture. Les miracles arrivèrent coup à coup : le chien qui vint appuyer son museau fidèle semblant dire "Appelle-moi Médor", le chat qui ne dit rien mais ronronna près du foyer.

Alors, l'homme, gavé, comblé, près de sa femme qui entortillait la laine du mouton sur une baguette, cherchant à inventer le tricot , se dressa, prit de l'argile colorée et devint en toute sérénité le premier artiste figuratif."

Pour conclure :

" Aucun singe jouant avec des éclats de silex ou des baguettes n'a retrouvé le secret du feu et pris le chemin de "l'homminisation". J'aimerai voir, ne serait-ce qu'une fois, un singe dont le mufle s'atrophie peu à peu parce qu'il court dans la savane, j'aimerais voir aussi un singe façonner un outil. Sans doute peuvent-ils s'aider d'une pierre ou d'un bâton, tout comme la loutre se sert d'un caillou pris au fond de l'eau pour briser une carapace ou une coquille. Ces gestes souvent répétés au fil des millénaires n'ont jamais abouti à la création d'un outillage diversifié.

Les faits s'écartent donc de cette vision simplette du monde qu'est l'évolutionnisme, cette théorie qui se voudrait conclusion scientifique et qui n'est pourtant qu'un dogme. Nous sommes là en plein mythe, au cœur même d'un faux scientifique géant dont la base est l'interrogation sur l'origine de la vie dont nos scientifiques veulent faire un accident de la matière.

La théorie de l'évolutionnisme s'est insinuée jusque dans les sciences qui se proposent la connaissance de l'homme. Elle a apporté avec elle la redoutable division de l'humanité en races supérieures et en races inférieures : affirmation lourde de conséquence mais reposante pour l'esprit, flatteuse pour l'homme blanc dont elle fait l'aboutissement de la création. Le reste de l'humanité n'est plus alors qu'un musée, un conservatoire des tentatives et des espérances de l'homme.

Le progrès, nom donné à cette marche en avant, est conçu comme une immense marée dont le flux inéluctable laisse en arrière d'attendrissants vestiges bien propres à stimuler un intérêt scientifique de bon ton. Tout dans cette hypothèse vient confirmer le naïf espoir de l'homme blanc. Le Noir est un "grand enfant", souvenir des balbutiements de l'humanité; le Rouge est aussi un enfant avide d'eau de feu, de verroterie et de longues carabines; le Jaune est un vieillard endormi par l'opuim, perdu dans les songes du passé.

Dans ses rêves de puissance, le Blanc se voit seul vivant dans le présent, dominant le monde mâitrisant les forces de la matière. La théorie de l'évolutionnisme appliquée à l'homme a eu une importance considérable dans la formation de la pensée occidentale. Elle n'est au fond qu'une tentative philosophique et scientifique pour justifier l'Occident."

"L'homme et l'Invisible", Jean Servier, 1964, éditions du Rocher.

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lundi 15 décembre 2008

(livre) René Guénon - La crise du monde moderne (1929)

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Quelques extraits transcendants de justesse d'un livre que je viens de finir. Et que dire de la dernière partie, écrite au plus tard en 1929, et s'appliquant à la perfection au contexte international actuel.

«  Ce que l'on appelle la Renaissance fut en réalité, comme nous l'avons déjà dit en d'autres occasions, la mort de beaucoup de choses; sous prétexte de revenir à la civilisation gréco-romaine, on n'en prit que ce qu'elle avait eu de plus extérieur, parce que cela seul avait pu s'exprimer clairement dans des textes écrits; et cette restitution incomplète ne pouvait d'ailleurs avoir qu'un caractère fort artificiel, puisqu'il s'agissait de formes qui, depuis des siècles, avaient cessé de vivre leur vie véritable. Quant aux sciences traditionnelles du moyen âge, après avoir eu encore quelques dernières manifestations vers cette époque, elles disparurent aussi totalement que celles des civilisations lointaines qui furent jadis anéanties par quelque cataclysme; et, cette fois, rien ne devait venir les remplacer. Il n'y eut plus désormais que la philosophie et la science «profanes», c'est à dire la négation de la véritable intellectualité, la limitation de la connaissance à l'ordre le plus inférieur, l'étude empirique et analytique de faits qui ne sont rattachés à aucun principe, la dispersion dans une multitude indéfinie de détails insignifiants, l'accumulation d'hypothèses sans fondement, qui se détruisent incessamment les unes les autres, et de vues fragmentaires qui ne peuvent conduire à rien, sauf à ces applications pratiques qui constituent la seule supériorité effective de la civilisation moderne; supériorité peu enviable d'ailleurs, et qui, en se développant jusqu'à étouffer toute autre préoccupation, a donné à cette civilisation le caractère purement matériel qui en fait une véritable monstruosité. »

« Il y a un mot qui fut mis en honneur à la Renaissance, et qui résumait par avance tout le programme de la civilisation moderne : ce mot est celui d' «humanisme». Il s'agissait en effet de tout réduire à des proportions purement humaines, de faire abstraction de tout principe d'ordre supérieur, et, pourrait-on dire symboliquement, de se détourner du ciel sous prétexte de conquérir la terre; les Grecs, dont on prétendait suivre l'exemple, n'avaient jamais été aussi loin en ce sens, même au temps de leur plus grande décadence intellectuelle, et du moins les préoccupations utilitaires n'étaient-elles jamais passées chez eux au premier plan, ainsi que cela devait bientôt se produire chez les modernes. L' «humanisme», c'était déjà une première forme de ce qui est devenu le «laïcisme» contemporain; et, en voulant tout ramener à la mesure de l'homme, pris pour une fin en lui-même, on a fini par descendre, d'étape en étape au niveau de ce qu'il y a en celui-ci de plus inférieur, et par ne plus guère chercher que la satisfaction des besoins inhérents au côté matériel de sa nature, recherche bien illusoire, du reste, car elle crée toujours plus de besoins artificiels qu'elle n'en peut satisfaire. »

« Il est vrai que, quand certaines passions s'en mêlent, les mêmes choses peuvent, suivant les circonstances, se trouver appréciées de façons fort diverses, voire même toutes contraires : ainsi, quand la résistance à une invasion étrangère est le fait d'un peuple occidental, elle s'appelle «patriotisme» et est digne de tous les éloges, quand elle est le fait d'un peuple oriental, elle s'appelle «fanatisme» ou «xénophobie» et ne mérite plus que la haine ou le mépris. D'ailleurs, n'est ce pas au nom du «Droit», de la «Liberté», de la «Justice» et de la «Civilisation» que les Européens (occidentaux) prétendent imposer partout leur domination et interdire à tout les hommes de vivre et de penser autrement qu'eux mêmes ne vivent et ne pense ? On conviendra que le «moralisme» est vraiment une chose admirable, à moins qu'on ne préfère conclure tout simplement, comme nous-même, que, sauf exception d'autant plus honorables qu'elles sont plus rares, il n'y a plus guère en Occident que deux sortes de gens assez peu intéressantes l'une et l'autre : les naïfs qui se laissent prendre à ces grands mots et qui croient à leur «mission civilisatrice», inconscients qu'ils sont de la barbarie matérialiste dans laquelle ils sont plongés, et les habiles qui exploitent cet état d'esprit pour la satisfaction de leurs instincts de violence et de cupidité. »



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jeudi 7 août 2008

(livre) La Conjuration des Imbéciles de John Kennedy Toole (1937_1969)

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Je n'ai jamais autant abattu de bouquins que depuis que je prend le train pour aller au boulot. Les 40 minutes du trajet sont mon salon de lecture, l'espace privilégié ou je peux, loin de toute technologie facile et moderne, tourner des pages de papier et nourrir l'intérieur de ma tête de découvertes, connaissances où réponses qui m'amèneront à d'autres questions, ou tout simplement comme là, à prendre une bouffée d'air décapante d'humour, de loufoquerie et de critique sociale désopilante.

L'auteur, un trentenaire à l'âge de son suicide, qui se pensait auteur raté, se donna donc la mort. Quel gâchis pour la littérature !  Sa mère, à force de harcèlement, parvient à faire lire le manuscrit à un individu influant, qui s'en régala et enfin le livre sera édité. Il reçu même un prix Pulitzer en 1981.

L'histoire : Ignatius Reilly, un Achille Talon américain,  s'exprime avec emphase dans une prose incendiaire aux accents moyenâgeux , il vie avec sa mère alcoolique dans une maison crasseuse de type cage à lapin et  passe ses journées à critiquer la « société de dégénérés » à laquelle il tente d'échapper.

Son temps et divisé entre les salles de cinéma et la télé, devant lesquelles il part dans des tirades révoltées qui démarrent toujours par un effaré et tempétueux « Oh mon Dieu ! » et le reste du temps, rédige dans des cahiers d'écoliers un long plaidoyer impitoyable contre cette société de « semi-mongoliens » en buvant des Dr Nut.

Un jour, le voilà qui doit affronter le monde du travail afin de rembourser une dette. Il  tentera partout où il mettra ses gros pieds, de provoquer des rébellions et indirectement de faire crouler les boites qui l'embaucheront.

Un livre aux mélanges détonnant en fusion de vérités sucrées salées sur le monde contemporain, le tout baignant dans des délires situationnels burlesques et hilarant ( et bravo au traducteur, c'est vrai kapu !)

Les autres personnages sont aussi croustillant, mais je ne voudrais pas en dire trop...

Cet Ignatius Reilly devrait passer à la postérité !

Ce livre, dont j'ai freiné la lecture tellement j'ai aimé, fait à présent partie de mon panthéon, à côté des Fleurs du Mal ou de 1984.

(Xavier G et Carolisson, je pense que vous devriez apprécier, je veux bien parier d'ailleurs !)

Pour le plaisir, je copie colle à la suite des critiques trouvées sur le net, afin de peaufiner la présentation et de me faire revivre un peu tout ces bons moments de lectures :

" Raconter l'histoire ? Vraiment impossible. Disons, pour la situer, qu'elle se déroule à la Nouvelle-Orléans. Ajoutons, par ailleurs, qu'il s'agit d'un jeune homme, Ignatius J. Reilly. Celui-ci préfère se cloîtrer chez sa mère, à écrire ses réflexions sur de petits cahiers d'écolier. Obèse, paranoïaque et méchant, Ignatius doit malgré tout trouver un emploi suite à un malheureux et onéreux accident de voiture. Et puis, il y a aussi Jones, un Black au cynisme sans limite... Et Mancuso, un flic que la chance fuit à toute vitesse... Sans oublier Marlene, qui voit en son perroquet une ressource financière assurée... Ou encore Monsieur Levy dont la femme est passée maîtresse dans l'art du chantage... Vous l'aurez compris, il est impossible de résumer cette histoire, ou plutôt cet ensemble d'histoires enchevêtrées par une main de maître.

Il faut véritablement le lire pour le croire ! Cruel, drôle, affligeant, délirant, émouvant... La Conjuration des Imbéciles fascine de la première à la dernière page. Mais il faut cependant rendre justice à Jean-Pierre Carasso, le traducteur de ce pamphlet à la crétinerie humaine, qui réalise ici un véritable travail d'orfèvre. Un livre qui vous laissera, à n'en pas douter, bouche bée !" Esteban Miro

"Je crois n'avoir jamais autant ri d'un personnage que de cet Ignatius, véritable marginal ou s'imaginant comme tel, puritain, goinfre, grossier, intellectuel, il illustre parfaitement les paradoxes du genre humain. Ce roman à tiroir, où tout finalement tourne autour d'Ignatius, est un bijou d'acidité et de drôlerie. Quand je pense qu'il a été écrit dans les années 60, je ne peux m'empêcher d'admirer le talent visionnaire de Kennedy Toole, car rien ne permet de penser que l'histoire ne se déroule pas de nos jours. C'est tout simplement brillant." J.Petit

« La conjuration des imbéciles » est un roman à l'originalité indéniable, au style brillant, à l'humour décalé et à l'intelligence fulgurante : un livre tout à fait indispensable donc. Les personnages, Ignatus Reilly en tête, sont truculents. Tour à tour répugnants, attachants, passionnants, orgueilleux, désespérants, lâches ou téméraires, ces ratés magnifiques rêvent de sublime mais n'atteignent finalement que le grotesque. Impossible de ne pas rire à leurs dépens ni de découvrir derrière le loufoque des situations une portée plus profonde, entre satire sociale et réflexion philosophique." Jay

"C'est sans doute le récit le plus incongru qui ait été écrit quant au refus de la bêtise. L'aberration est le seul fil conducteur du monde d'Ignatius; son combat forcené contre le tout et le rien du quotidien est aussi aberrant qu'authentique, sensible et clairvoyant. C'est un livre d'une absolue tristesse parce qu'il rend évident l'inanité d'une volonté absolue de différence et c'est en même temps le livre le plus drôle qu'il m'ait été donné de lire." Eric Labbé

"C'est l'histoire d'un gros. Ignatius J. Reilly qu'il s'appelle. Il habite à La Nouvelle Orléans et n'en est sorti qu'une fois. C'était en autocar panoramique "de la compagnie Greyhound", pour aller à Bâton Rouge. Il a vomi plusieurs fois. "Les autres passagers étaient plutôt courroucés". Il mange beaucoup, bouge peu et boit du Dr. Nut.

J'oubliais, il a un anneau pylorique. Me demandez pas, je sais pas ce que c'est. Sa mère boit du bourbon qu'elle fait réchauffer dans le four. Elle a sacrifié des héritages pour lui permettre d'aller à l'université. 10 ans qu'il y a passé, l'animal. Là-bas, il a rencontré "la péronnelle Myrna Mynkoff". Drôle d'oiseau aussi, celle-là. Militante pour tout, et surtout pour plus de sexualité en politique.

C'est en faisant la queue devant une boulangerie avec sa mère que son histoire va commencer, puisqu'il va être interpelé par l'agent Mancuso, à la recherche de suspect en tous genres. Nous allons ensuite le suivre dans son univers clos, régit par les cycles de la Fortune décrits par Boèce, vieux latin, où il va découvrir un bar louche qui fait des trafics, sa propriétaire, Jones le portier noir embauché à 20$ la semaine, une cigarette au bec sous ses lunettes noires, Santa la tante de Mancuso qui va convertir Mme Reilly au "bouligne" et même M. Levy, des pantalons Levy et M.Clyde, de Paradise Vendors S.A. (hotdogs).

Vue la vie de l'auteur, on ne sait pas bien si le titre fait référence à ses personnages ou bien à ses lecteurs. Toujours est-il que La conjuration des imbéciles est bien un livre rare, rien qu'à travers les péripéties qui ont accompagné sa genèse (le suicide de son auteur se croyant un écrivain raté avant la publication du livre est un excellent argument de vente). On appréciera en tout cas l'humour souvent caustique dont il fait preuve, son style acerbe et même délicatement agressif. Pas de bol, John." Damien Coullon

Pour 9 € euros port inclu, c'est là : Amazon.fr

 

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jeudi 26 juin 2008

(livre) Voyage au bout de la nuit de Céline

" Les familles, elles, attendent le feu d'artifice pour aller se coucher. Attendre, c'est la fête aussi. Dans l'ombre tressaillent mille litres vides qui grelottent à chaque instant sous les tables. Des pieds agités consentants ou contradicteurs. On n'entend plus les musiques à force de connaître les airs, ni les cylindres poussifs à moteurs derrière les baraques où s'animent les choses qu'il faut voir pour deux francs. Le cœur à soi quand on est un peu bu de fatigue vous tape le long des tempes. Bim ! Bim ! qu'il fait, contre l'espèce de velours tendu autour de la tête et dans le fond des oreilles. C'est comme ça qu'on arrive à éclater un jour. Ainsi soit'il ! Un jour quand le mouvement du dedans rejoint celui du dehors et que toutes vos idées alors s'éparpillent et vont s'amuser enfin avec les étoiles.

Il survenait beaucoup de pleurs à travers la fête à cause des enfants qu'on écrasait par-ci par-là entre les chaises sans le faire exprès et puis ceux aussi auxquels on apprenait à résister à leurs désirs, aux petits gros plaisirs que leur feraient encore et encore des tours de chevaux de bois. Faut profiter de la fête pour se constituer un caractère. Il n'est jamais trop tôt pour s'y prendre. Ils ne savent pas encore ces mignons que tout se paye. Ils croient que c'est par gentillesse que les grandes personnes derrière les comptoirs enluminés incitent les clients à s'offrir les merveilles qu'ils amassent et dominent et défendent avec des vociférants sourires. Ils ne connaissent pas la loi les enfants. C'est à coups de gifles que les parents la leur apprennent la loi et les défendent contre les plaisirs.

Il n'y a jamais de fête véritable que pour le commerce et en profondeur encore et en secret. C'est le soir qu'il se réjouit le commerce quand tous les inconscients, les clients, ces bêtes à bénéfices sont partis, quand le silence est revenu sur l'esplanade et que le dernier chien a projeté enfin sa dernière goutte d'urine contre le billard japonais. Alors les comptes peuvent commencer. C'est le moment où le commerce recense ses forces et ses victimes, avec des sous."

Louis-Ferdinand Céline.

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mercredi 9 mai 2007

(livre) "Dégraissez moi ça !" & "Tous aux abris !" de Michael Moore

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Deux bouquins offert à noël par m’in tcho frère Jérèmy, de Michael Moore, beaucoup plus connu pour ses films que pour ses écrits.

Une sorte d’Arlette Laguiller US, en moins poussiéreux, ou un Olivier Besancenot, en moins bien rasé et 100 fois plus charismatique.

Un Michael Moore, c’est énormément plus actif, ça tourne des films, écrit des livres, ça interview, ça se déplace partout et sa réinvesti sans cesse l’argent gagné dans sa lutte pour un monde meilleur (même si on peut s'interroger sur son silence sur les évidences du complot du 11 septembre ainsi que sur les thinks tanks ultra influent comme le Bilderberg et le CFR...)

Il nous faudrait un gars comme ça pour remplacer Coluche, et mettre des coups de pieds au cul des candidats qui viennent ressortir leurs discours tout les 5 ans dans les réunions de familles politiciennes, nous jouer leurs scènes habituelles de « Cette fois vous en avez vraiment marre et je vous ai compris et gnagnagna », « le parti adverse n’a forcement rien fait durant son mandat ou alors que du mal et gnagnagna », « NOUS allons enfin faire le changement et gnagnagnu » et autres ritournelles politiciennes archi usée visant à maintenir la flamme de leur petit commerce avec l’énième illusion d’un élan nouveau et gnognogno...


Toujours le même cirque de ces fonctionnaires du pipo, qui pensent et réussissent encore (à voir le taux de participation des élections) à nous faire croire qu’ils vont sauver le bon peuple délaissé par le pouvoir en place, continuellement apeuré, d’un système mondial de plus en plus inhumain dans lequel on s’enlise inexorablement (à moins d’être pété de thune, bien sur, là c’est « Mr mettez vous sur le côté, on va s’occuper de vous » les autres : CIRCULEZ !)

Alors que tous ces politiciens ne sont que des playmobils face au système mondial des puissances industrielles et financières. Ca tu l’entends pourtant souvent, mais comme toute vérité accablante, on la pousse sous le tapis, j’y pense et puis j’oublie et gnignigni…

« Dégraissez moi ça » parle du capitalisme dans son pire sens, du genre des licenciements pour le bénéfice à court terme par des entreprises qui pourtant tournent très bien (souvenez vous de ces pourritures de Michelin ! Ils ont été gonflé, et pas qu’un pneu !) Toujours avide de se gaver encore plus de pognon, qui balancent à la rue cette main d’œuvre jetable qui les a aidé à acquérir par leur travail ce même dieu fric. Et pourtant, les ventes de Michelin ont elles baissé ? Le consommateur boycotte t'il Michelin ou Danone, sur long terme...?

Ca dépeint avec férocité et humour, les délocalisations, pour payer toujours moins cher les « bonnes poires » des pays les moins riches qui produiront des biens qui seront ensuite cyniquement vendu aux ex employés licenciés qui les achèterons (s'ils le peuvent encore), offrant alors une marge plus grande dans les caisses de leurs bourreaux.

On y parle aussi par exemple d’un organisme privé américain qui fait travailler pour le compte de grosses entreprises, des tolards, en les payant au lance-pierres. Un système encore meilleur marché, et ça sans le coup d’une délocalisation !

 
« Tous aux Abris » est plus une attaque à la marionnette Bush et à son équipe de néo conservateurs (sorte de nazis qui ne disent pas leur nom), un livre faisant campagne contre la réélection de ce poivrot idiot a qui dieu parle.

Ca additionne plein d’idées délirantes ou clairvoyantes sur les choses à faire pour aider son pays, il avance plein d’éléments qui font comprendre (pour ceux qui seraient encore crédule) qu’il faut être complètement con ou intéressé pour voter pour la bandabush.

Le tout avec un humour féroce et dans un langage bien sur accessible, Mike Moore n’est pas à proprement parler un écrivain.
 

Hélas ça n’a pas suffit, les machines à truquer voter électronique (on l'a déjà quasi dans le cul nous aussi ce suppo là) tombant mystérieusement en panne, la radiation de milliers de personnes des listes électorales pour des motifs bénins ou éhontés (en parti en Floride chez son frère Jeb Bush) et cela dans des zones habituellement pro-démocrates (même si le parti démocrate américain ne vaut pas grand chose, une pâle assemblée faisant office d’opposition).

Malgré ce scandale et les délais énormes de « recomptage » pour enfin finaliser l’élection, tout roule à présent ! Vous avez vu des manifestations perdurer rempli de gens criant à l’injustice ?

Les démocrates se sont enchaînés aux mairies pour réclamer justice ? Ben non, finalement ils ont dis ok on lâche l’affaire, après un scandale pareil la vie continue et on appelle toujours ça la démocratie…

Quelle formidable fumisterie !

Nous sommes dans un monde ou une minorité de riches dominent tout et maintiennent la masse des travailleurs apeurée et craintive, auxquels on donne le loisir (souvent abrutissant) comme alcool pour oublier son assouvissement pendant qu’une autre partie de la planète crève la gueule ouverte. On fait gagner un pactole monstrueux à l’euromillions à un clampin du troupeau, en droguant de faux espoirs tout les autres, qui se disent moi aussi je peux être riche, mon heure viendra, même si j’ai une chance sur 76 275 360 2.

 
Un exemple : Les freres Wachowski dénoncent clairement la situation du monde dans "Matrix" ou dans "V for Vendetta", qui sont pourtant des gros blockbusters, mais de qualité. Ce qui est fort, c’est que les gens prennent ces situations comme une fiction noire possible de notre destinée ou pour des métaphores stylées et bien trouvées, alors qu’on est déjà dedans et que petit à petit, on s’y enfonce toujours plus.

Le problème dans ces films, c’est que la lumière arrive de super héros. Et comme ça n’existe pas, sur qui peut on compter, nous ? Jésuperman ?

 
Bon enfin voila, je vais pas te faire un dessin plus longtemps, on est tous responsable de notre lâcheté, moi petit pion insignifiant du système, tout comme toi, on regarde nos pompes, on est content que ça aille à peu prés pour les nôtres et on trace notre route égoïstement, en faisant un petit geste sympa avec un « plus dans la merde que nous » pour se donner bonne conscience de temps en temps.

Une vidéo qui synthétise le monde dans lequel nous sommes :

 

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lundi 2 avril 2007

(livre) Vous plaisantez, mr Tanner ? de JP Dubois

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Quelques mots sur un livre sympatouille (cadeau Aubagnais :o) de 200 pages qui  s'avalent avec bonheur, comme une glace à l'italienne en été.

Mr Tanner est un reporter animalier qui hérite d'une grande battisse laissée à l'abandon dans les environs de Toulouse. Il vend ensuite la sienne et avec l'argent décide de partir en croisade pour la retaper.

Les prix des différents artisans nécessaires pour faire tout ça étant, ENORME Mr Tanner décide de faire appel à des gars bossant au black. Dés lors, il devra affronter des personnages haut en couleur et les pires péripéties lui seront promise...

Ce roman est tiré de faits réels que l'auteur JP Dubois à " subit ". Le tout délivré dans un humour à froid fin et croustillant, sûrement un peu romancé un tantinet exagéré et n'hésitant pas à s'appuyer sur les clichés que l'on a des artisans du bâtiment (et quelle importance finalement, tant que c'est drôle !)

Extrait : " Je n'avais pas le choix. Entrepreneurs et maîtres d'oeuvre m'établissant des devis équivalents au PNB du Nicaragua, je devais passer par là:  entrer dans les recoins obscurs du travail au noir, pénétrer ce maquis de paroles évasives, de promesses flottantes, de talents approximatifs, de tarifs changeants, de délais élastiques, découvrir un monde hors taxes, hors norme hors la loi, peuplé de débutants hésitants, de vieux rusés, de retraités chafouins, de branleurs somptueux, de génies caractériels, de fous complets de demi-fous, d'irresponsables, de menteurs, de hâbleurs, d'arnaqueurs, un monde instable, prêt à sombrer pour un mot de trop, un coup de vent, un verre de vin, un monde où il manque toujours quelque chose, un outil, une planche, du sable, du courage.

Bref une jungle étrange qui, très vite, finit par vous envahir, vous submerger et vous rendre totalement cinglé. " Bou zalé droit dans lé mour, messié Tanner. Ché types qui travaillent au noir césson des gansters, des acrobatès. Méviez bou. Ché bou zauré prébénou ".

Je savais les mises en garde d'Edouardo Gomez fondées : lorsqu'un maçon vous annonce que vous allez vous fracasser contre un mur il parle en connaissance de cause. Mais je ne voulais rien entendre, rien savoir du naufrage qui m'attendait et des flibustiers qui déjà me guettaient."

198 pages, année 2006, Editions de l'Olivier / Seuil

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jeudi 22 février 2007

(livre) Un avant goût de printemps d'Alex Capus

« Voici la véritable histoire des braqueurs de banque Kurt Sandweg et Waldemar Velte qui, pendant l'hiver 1933-1934, cherchèrent la route maritime jusqu'au Indes et n'allèrent pas plus loin que Bâle, tombant amoureux d'une vendeuse de disques. »

Histoire tirée d'un fait réel et portée ici en roman par Alex Capus, un auteur Allemand né en 1961, avec au compteur une dizaine de bouquins et publié pour la première fois en français.

Nous sommes dans l'entre deux guerres, une époque encore assez impitoyable pour les gens modestes des pays riches. Nous assistons à la tragédie de deux jeunes nihilistes, sur fond de mise en place du 3eme Reich. Kurt & Waldemar n'ont pas envie du futur qui les attend, sont écoeurés de la tournure que prend leur pays avec le nazisme, grossissant tel un porc qu'on gaverait de haine.

Après un braquage mode ' Tueurs-nés ', au butin ridicule, les voila transformé en fugitifs traqués. Leur route les conduira à rencontrer Dorly Schupp, jeune femme divorcée et vendeuse de disques dans un grand magasin à deux Bâle, dont Kurt tombera amoureux.

Le style de Capus est fait d'une galante précision, de touches noirâtre à la Zola pour décrire la dureté de l'époque, la rudesse de l'hiver Allemand et les manières ou habitudes des différentes classes de la population.

Extrait :  « Plus en aval, dans le large méandre vers la Loreleï, les blocs de glace se sont accumulés ; avec force fracas, ils se cognent, volent en éclats, se jettent les uns contre les autres, s'empilent en un étrange paysage arctique qui s'étend d'une rive à l'autre sur dix kilomètres. Le Rhin disparaît sous des tonnes de glace crissante. De jeunes garçons testent leur courage en marchant d'une rive à l'autre sur les blocs sournois. »

Ca m'a un peu réveillé des souvenirs de lectures de « Marche ou Créve » de Stephen King pour les passages de traques. On est surtout transporté dans la froidure de l'hiver, dans le côté austère de la vie d'antan où l'on avait souvent un salaire juste suffisant pour manger et où les professions étaient exercées comme des sacerdoces avec un sérieux quasi obtus. Le tout baignant dans une ambiance de solitude ou chacun devra faire face à sa destinée.

Cette lecture ne m'a pas vraiment fait chavirer, mais m'a permis de me remettre avec engouement à la littérature, que j'avais délaissé bien trop longtemps pour des loisirs plus « facile » disons.

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Editions Autrement, février 2007, 143 pages.

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samedi 10 février 2007

(texte perso) - Plus Jamais Ca III - (dernière saison)

Une voix venue de mon radio réveil me fait sortir du lit, j’ouvre les yeux doucement, comme on remonterait péniblement une vielle persienne. Encore un lundi matin à constater, sur le chemin me menant à ma cafetière, qu’un week-end de plus à glissé tel une savonnette dans ma petite vie de fourmi.

J’adresse un regard prédateur au paquet de madeleines échoué sur le plan de travail de la cuisine, pose un bol, y fait couler un fond de lait et bois une dose de jus d’orange à la bouteille. Pendant que la machine à café crachote ses tripes, je retourne surfouiller sur le net en écoutant RMC.

Ca ne parle plus que politique, le vote pour la présidentielle a lieu en fin de semaine. Tous ces gens autant qu’ils sont, de tous bords, m’emmerdent. Chacun pensant détenir la vérité sur la conduite à tenir de l’être humain, nous faisant croire, emportés par l’engouement illusoire du vent du changement qui précède chaque élection, avoir un pouvoir de décision majeur sur notre avenir, alors que la liberté n’appartient plus qu’aux riches et aux nantis du monde de l’argent, ce qu’ils aspirent majoritairement à devenir eux aussi.

Sur le chemin du métro, je pense aux deux jours que je viens de passer à barouder le long des plages landaises et des photos que j’y ai faites. J’attendrai ce soir pour les sortir sur le PC, je suis arrivé bien trop tard à la gare hier. En attendant, elles sont en expo dans ma tête. Le cache-nez remonté, sensation futile de me penser protégé de l’air merdique de Paris/banlieue, j’avance et je défragmente mon cerveau comme marcher aide si bien à le faire.

Je laisse passer deux métros trop remplis de bosse-people et je me dégotte une place tranquille dans un troisième, du moins jusqu’à l’arrêt suivant, où l’envahissement continue.
Souvent y'a un gars qui parle tout seul et fort dans la rame le matin, j’aime à l’appeler « le prophète ». Une sorte de SDF, un fou gentil, un érudit qui parle de l’actualité et de la vie tout haut pendant qu’on regarde nos pompes.
Parler tout seul dans le métro !? Dans nos têtes formatées d’une bienséance stupide, c’est presque pire que de lâcher un pet assourdissant à une heure de pointe. Mais il s’en fout, il fait grincer des dents, provoque des sourires complices ou hautains, mais plus généralement l'indifférence, une habituée des lieux. Parfois, vieux réflexe parisien, quelqu’un lui donne une pièce.

Je me demande si un jour je prenais le métro avec un vieux survet’ et que j’accostais quelqu’un pour un renseignement, je ne me retrouverais pas avec une piécette dans la main, à défaut d’une réponse (ou un coup de lacrymo préventif dans la gueule).

Après une demi heure de sauna métroïfére en compagnie de mes concitoyens imposables, j’émerge à la surface de Paris et dédaigne à l’habitude le journal gratuit qu’on me tend, tel la pomme à Adam. J’y peux rien, j’ai mauvais esprit sur ces choses là, c’est dingue. Je peux plus, pas depuis la mise en scène du 11 septembre, j’ai été trop con, trop longtemps. J’ôte mon cache nez, enroule et mets dans la poche de mon blouson le casque de mon baladeur mp3 et je commence à serrer des mains, à faire des bises aux mignonnes, pour finalement arriver à mon donjon informatisé du 5eme étage.

Windows n’a pas le temps de finir de s’installer que se mettent à hurler les sirènes des voitures de polices garées en bas.

« Tiens, il est a peine 9h00 et ça chauffe déjà !? C’est pourtant pas encore l’heure de l’apéro… »

A peine ai-je le temps de finir ma phrase que le collègue du service d’à côté déboule en courant devant ma porte et dévale les escaliers. J’ouvre la fenêtre, me penche et vois les lumières bleues qui tournoient en bas, les gens regardent aussi de chez eux, comme moi, animés d’une curiosité interrogative. Je balaye un peu les alentours et observe au loin ce que je pense être un nuage de pollution, comme c’est régulièrement le cas. Je plisse un peu les yeux pour affiner ma vue et me demande si c’est bien le gris/noir habituel que je guette là-bas, ça semble plutôt verdâtre.

Brusquement, un gars hurle dans les étages : « On a lâché un gaz chimique Station Bir-Hackeim, tout le monde au rez de chaussée ! Allez allez !!! »

Mon collègue lâche un « putain », je lui réponds en écarquillant les yeux et on file en bas.

On distribue à la hâte des tenues NRBC (Nucléaire, Radiologique, Bactériologique, Chimique). J’enfile ça comme je peux, c’est la première fois que je rentre là dedans, on dirait le pyjama du bonhomme  Michelin. Une fois le masque enfilé, j’ai l’impression d’être Dark Vador servant d’os à ronger pour chiens d’attaque.

Des cars de police font la navette pour emmener les gars sur les lieux  du sinistre. Dehors, ça commence à être la panique, conduites à la GTA, coups de klaxon, cris. Des gens ne comprennent pas encore ce qui se passe et se jettent dans la gueule du loup en ouvrant leurs fenêtres pour regarder dehors, comme moi il y a 10 minutes.

Et si j’avais respiré cette merde ? Je ne ressens rien pour le moment, hormis la peur.

Alors qu’on approche de la zone critique à l’atmosphère viciée, j’ai l’impression que ça c’est un peu dissipé, tout comme le fait mon raisonnement quand je vois les premières personnes au sol.

On nous fait descendre par deux tous les 20 mètres, avec pour mission de faire avaler des pilules aux victimes. Mais celles encore sur place le sont pour une bonne raison, elles sont déjà décédées pour la plupart. Le visage figé dans l’horreur, les yeux révulsés, du vomi dégoulinant de leur bouche. Je n’arrive pas à prendre leur pouls avec mes gros gants, je me contente de secouer les gens allongés et d’enfoncer tant bien que mal une pastille dans la bouche de ceux qui réagissent encore, en leur criant de l’avaler, que le Samu et les pompiers sont là et qu’ils vont s’occuper d’eux.

Il y a des centaines de gens, des milliers sûrement un peu partout, mais je vois bien trop mal avec mon  masque et la buée qui a envahi la visière. J’essai de faire le vide et de ne penser à rien d’autre que de refiler des pastilles, ce qui est d’autant plus dur quand les victimes portent des cartables ou sont dans des poussettes.

30 minutes viennent de passer, je n’ai plus rien à donner. J’ai dû m’employer à plusieurs reprises à  garder mon masque à oxygène que des malheureux, hystériques de douleur voulaient m’arracher avec ce qu’il leur restait de force et d’espoir. J’embarque dans un véhicule et on me dépêche à une intersection. Changement d’activité, je dois filtrer les entrées pendant que l’on continue d’évacuer le  quartier.

Alors que je vérifie une nouvelle fois pour me rassurer que ma tenue est bien calfeutrée, je commence seulement à réfléchir à ce qui se passe…

23h00, le plan vigie pirate à son maximum, je finis par être libéré et je rentre dormir. On me dépose chez moi, les transports en commun ne fonctionnent plus, tout a été arrêté, par sécurité. Je n’avais pas eu de répit et n’avais eu aucune information sur ce qui s’était passé, malgré ma présence aux premières loges. J’allume directement la TV.

On repasse une vidéo de Sarkozy qui s’exprimait dans l’après-midi :

« Il n’y a plus rien à craindre, le gaz toxique n’est plus un danger, nous l’avons raccompagné à la frontière et sommé d’y rester. Mes chers compatriotes, le monde a une nouvelle fois été victime du terrorisme. Al Qaida, la cellule pseudo terroriste financée par la CIA, a commis un nouvel acte de barbarie horrible. Les Etats-Unis et Israël m’ont assuré de leur soutien pour mener une action immédiate en Iran, où Ben Laden vient d’être retrouvé par satellite, voyageant sur un âne et  arborant un tee shirt ‘c’est moi qui l’ait fait’ ».

Je me remémore la journée que je viens de vivre, je revois tous ces cadavres, ces enfants fauchés par la mort sur le chemin de l’école. Je finis par être pris de nausée et tombe au sol, rendant du sang, dans  lequel finiront par se mélanger quelques larmes.

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Un mois avait passé, Sarkozy avait été élu président avec 59% des voix au second tour.

J’y avais bien pensé à un attentat probable. C’était les élections en France, la marionnette Bush continuait d’obéir à ses maîtres, persistant à envoyer des pauvres gars se faire tuer et en tuer d'autres, autrement pauvres, dans une guerre injuste, couverte par de faux prétextes, nonobstant la grosse majorité d’Américains qui s’y opposait.
La machine de guerre était lancée depuis 2001, on resservait le couvert du terrorisme pour faire adhérer l’opinion publique et faire gagner des voix au copain sécuritaire Sarko, grâce à la peur
entretenue et galvanisée par les gros médias de masse appartenant et contrôlés par des multinationales. L’oligarchie de l’ombre américaine et les gros bonnets sionistes avaient une fois de plus bien exploité la manipulation et le mensonge.

Il restait à présent à rallier la France et l’Europe dans une guerre illégitime contre les pays du pétrole.

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Depuis quelques jours, l’Internet mondial ne fonctionne plus, il ne reste qu’une seule chaîne de télévision en activité et le système des radios pirates est revenu à la vie, seul rempart contre l’information unique, la non information et la désinformation.

La police et l’armée sont dans les rues, le couvre feu tombait à 19h chaque jour. J’avais  décidé de fuir la capitale, je ne voulais plus prendre part à cette escalade dans l’insensé.
J’arrive à passer les check-points avec ma carte de police, j’en suis au troisième plein de ma moto, l’essence est hors de prix, presque 40 euros le litre. J’ai dis au revoir à ma famille le matin et là il est
17h et je roule vers le Nord, le plus au Nord possible.

Après une nuit glaciale passée dans une tente sur une plage hollandaise, je tente de me trouver de quoi bouffer dans une épicerie à la façade délabrée, mais les portes sont fermés. D’après le panneau, ça ouvre à 07h30. Des mots sont inscrits en grand à la peinture sur les vitres, ça a bien l’air vindicatif, mais je ne comprends rien a cette langue.

Je regagne la plage, puis jette un coup d’œil inquiet au niveau de carburant de ma bécane. Je fouine dans mon sac à dos à la recherche de ma dernière boite de thon.

Ca allait être mon premier petit dej’ au thon. *événement*

S’il ne faisait pas si froid, je tenterais bien d’aller me baigner, qui sait si, à force d’en manger quasiment tous les jours, je n’arriverais pas à respirer sous l’eau à présent ? On doit y être plus en sécurité
là-dessous, du moins à la vue du merdier en surface, ça ne fait pas l’ombre d’un prout.

Assis dans le sable, je mange avec les doigts ma dose d’albacore,  pendant qu’au loin j’aperçois se pointer le soleil. Je profite de ce bel instant que m’offre encore la vie et repense au dernier week-end
ordinaire que j’avais vécu dans les Landes, avant de plonger dans ce qui était jadis perçu comme de la politique-fiction apocalyptique.

Une sirène se met à hurler et s’en suit presque immédiatement un bruit  sourd et lointain. Je surprends au loin un immense champignon nucléaire se former. J’ai compris.

Je revois alors ma vie défiler à la vitesse d’un double clic et réalise que je vais crever sur cette plage, me coucher à jamais devant un soleil qui se lève.

J’enfonce doucement mes mains dans le sable, m’offrant là un dernier petit plaisir de vie chocolat, tout en jetant à la mer mon premier et dernier sourire depuis  longtemps.


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Posté par Crodoff à 16:35:00 - Le cri du mouton - Commentaires [8] - Permalien [#]
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mercredi 7 février 2007

(livre) La terreur fabriquée made in USA

Le 11 septembre 2001, qui ne s'en souvient pas...

J'ai mon avis bien tranché sur la question, que vous pouvez consulter ici.

Il y a un moment que la version officielle américaine ne dupe plus personne sur le fait qu'elle comporte des points TRES bancals (et je suis gentil envers ceux qui ne partageraient pas mon opinion là...)

J'ai donc lu le livre de Webster Tarpley qui est le titre de ce post, c'est un ouvrage d'utilité publique.

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Pour synthétiser tout cela, rien de mieux que d'écouter Mr Tarpley lui même, c'est un historien et journaliste Américain qui de plus parle merveilleusement français.

Il a été interviewé par un des membres du site ReOpen911 lors de sa venue à Paris.

Voila sa vision sur le complot du 11 septembre, c'est passionnant et formidablement instructif.


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Posté par Crodoff à 07:20:00 - 11 Septembre 2001 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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